Horizon Omegaby Claude Oziard

Les données sont dans les serveurs. La connaissance, entre vos deux oreilles. Une opinion sans les faits, c'est du bruit.

Ω 002Sciences & technologies

L'IA et les emplois de bureau : quels métiers, à quelle vitesse, quelles requalifications

−28%

Embauches en CDI des 21–29 ans dans les métiers les plus exposés à l'IA générative, en France, en mars 2026 par rapport à novembre 2022, contre −8 % dans les métiers les moins exposés.6

Introduction

De quoi parle-t-on ? L'intelligence artificielle (IA) désigne des programmes informatiques qui accomplissent des tâches associées à l'intelligence humaine. L'expression artificial intelligence apparaît en 1955 dans la proposition de la conférence de Dartmouth, organisée l'été 1956 par John McCarthy, Marvin Minsky, Nathaniel Rochester et Claude Shannon50. L'IA générative, dont relève ChatGPT (lancé le 30 novembre 2022), produit du texte, des images ou du code à partir d'une demande écrite. Les emplois de bureau regroupent ici les métiers dont le travail porte surtout sur l'information et les documents : saisie, secrétariat, comptabilité, relation client, rédaction, développement informatique. L'Organisation internationale du travail (OIT) classe les « employés de type administratif » dans un grand groupe de sa nomenclature des professions1.

Ce qui a changé. Les études d'exposition de 2013 à 2016 portaient sur l'automatisation par les robots et les logiciels29,30. Depuis 2022, les outils d'IA générative traitent des tâches de rédaction, de synthèse et de programmation, qui relèvent du travail de bureau1,17. Leur usage par les salariés et les entreprises a augmenté entre 2023 et 20263,5.

Les questions traitées. Ce rapport examine trois points : quels métiers sont les plus exposés ; à quelle vitesse les embauches et l'emploi changent ; ce que l'on sait de l'efficacité de la formation et de la reconversion. Il présente ensuite les conséquences probables, les incertitudes et cinq lectures politiques.

1Ce qui est

Bureau où plusieurs employés travaillent sur ordinateur, à Gérone
Photo : TECNIC Bioprocess Solutions / Unsplash

Les métiers exposés. Selon l'OIT (mai 2025), environ 24 % des emplois dans le monde sont exposés à l'IA générative à un certain degré, dont 3,3 % au degré le plus élevé. La part atteint 34 % dans les pays à revenu élevé et 11 % dans les pays à faible revenu1. Les métiers administratifs sont les plus exposés, notamment les agents de saisie, les dactylographes, les employés de comptabilité et les employés de bureau polyvalents. L'OIT juge que l'effet le plus probable est une transformation des métiers ; peu sont entièrement automatisables1.

Les femmes plus exposées. Dans les pays à revenu élevé, 41 % de l'emploi féminin est exposé, contre 28 % de l'emploi masculin, parce que les femmes y occupent davantage de postes administratifs1. Le Fonds monétaire international (FMI) estimait en janvier 2024 que près de 40 % des emplois mondiaux sont exposés à l'IA, environ 60 % dans les économies avancées, avec un gain de productivité possible pour environ la moitié d'entre eux2.

L'adoption par les entreprises. En France, la part des sociétés de 10 salariés ou plus qui utilisent au moins une technologie d'IA est passée de 6 % en 2023 à 10 % en 2024 et 18 % en 2025. La moyenne de l'Union européenne est de 20 % en 2025, de 33 à 42 % dans les pays nordiques et le Benelux. En France, la part atteint 58 % dans les entreprises de 250 salariés ou plus et 15 % dans celles de 10 à 49 salariés3.

L'usage par les salariés.

  • En France, 47 % des salariés du privé utilisent l'IA générative au travail, 63 % chez les moins de 35 ans. 23 % ont été formés à son usage responsable et 61 % des utilisateurs passent par des outils grand public extérieurs à l'entreprise (enquête ViaVoice pour Impact AI, avec KPMG France et Bouygues, 1 000 salariés, février 2026)4.

  • Aux États-Unis, 52 % des salariés disent utiliser l'IA dans leur travail en mai 2026, contre 21 % au deuxième trimestre 2023 (Gallup, 22 573 personnes)5.

Les embauches des jeunes en France. Une étude de chercheurs de HEC Paris et de la Banque de France (octobre 2026), fondée sur les déclarations d'embauche de janvier 2019 à mars 2026, compare les métiers selon leur exposition à l'IA générative6 :

  • chez les 21–29 ans, les embauches en CDI dans le cinquième des métiers les plus exposés sont, en mars 2026, environ 28 % sous leur niveau de novembre 2022, contre 8 % sous ce niveau dans le cinquième le moins exposé. Les auteurs estiment l'écart à environ 6 200 embauches en CDI par mois ;

  • les fins de contrat ont aussi diminué (−23 % contre −6 %) : les auteurs parlent d'un « gel » des mouvements ;

  • chez les développeurs et ingénieurs informatiques de moins de 30 ans, les embauches sont 42 % sous leur niveau de novembre 2022, contre 11 % pour le groupe de comparaison ;

  • à partir de 50 ans, l'écart entre métiers exposés et non exposés est presque nul. Les auteurs précisent que l'analyse est descriptive : la hausse des taux d'intérêt en 2022–2023, la correction du secteur technologique après la pandémie ou le développement de l'apprentissage peuvent aussi jouer6.

Les jeunes aux États-Unis. À partir des fiches de paie de 3,5 à 5 millions de salariés (cabinet ADP), des chercheurs de Stanford mesurent qu'entre novembre 2022 et juin 2026, l'emploi des 22–25 ans recule d'environ 11 % dans les deux cinquièmes des métiers les plus exposés et progresse d'environ 10 % dans les trois cinquièmes les moins exposés. L'écart, d'environ 15 % avec les données de juillet 2025, est de 19 % en juin 2026. Il passe par moins d'embauches et se concentre dans les métiers où l'IA automatise des tâches (développement logiciel, service client) ; il n'apparaît pas chez les salariés expérimentés7. Sur l'ensemble du marché du travail américain, le Budget Lab de l'université Yale ne relève pas, en octobre 2026, d'évolution de la répartition des métiers ni du chômage liée à l'usage de l'IA8.

Les suppressions annoncées.

  • Aux États-Unis, le cabinet Challenger, Gray & Christmas recense les motifs donnés par les employeurs. En 2025, 54 836 suppressions annoncées sur 1 206 374 étaient attribuées à l'IA9. De janvier à septembre 2026, 120 136 sur 573 195, soit environ 21 % : l'IA est le premier motif cité10. Il s'agit d'annonces, pas de suppressions constatées.

  • Klarna (paiement) est passée de 5 527 salariés fin 2022 à 3 422 fin 2024 ; l'entreprise indiquait en 2024 que l'IA faisait le travail de 700 agents du service client. En mai 2025, son dirigeant a reconnu une baisse de qualité et annoncé de nouvelles embauches de conseillers11. Salesforce (logiciels) a ramené son service client d'environ 9 000 à 5 000 postes en 202512.

  • En France, la Société Générale prévoit environ 1 800 postes de moins en 2026–2027, par départs naturels et mobilité interne, en mentionnant l'accélération de l'automatisation et de l'IA13.

La régulation.

  • Union européenne : le règlement sur l'IA classe « à haut risque » les systèmes utilisés pour recruter, évaluer ou gérer des travailleurs. Leurs obligations devaient s'appliquer le 2 août 2026 ; un règlement « omnibus », dont l'accord a été confirmé par les États membres le 13 mai 2026, les reporte au 2 décembre 202714.

  • France : le juge des référés de Nanterre (février 2025) puis celui de Créteil (juillet 2025) ont imposé la consultation du comité social et économique (CSE) avant le déploiement d'outils d'IA ; à Créteil, les outils ont été suspendus jusqu'à la fin de la consultation16.

  • France : le plan « Impulsion IA » du ministère du Travail (22 septembre 2026, 80 millions d'euros prévus dans le projet de loi de finances 2027) prévoit une plateforme gratuite de formation (ExploreIA) en janvier 2027, l'objectif d'un test de maturité en IA pour chaque nouvel inscrit à France Travail, et la création d'une certification nationale sur l'usage de l'IA au travail, mobilisable avec le compte personnel de formation (CPF)15.

  • États-Unis : le plan d'action sur l'IA du 23 juillet 2025 prévoit un centre de recherche sur l'emploi au ministère du Travail et le financement de reconversions rapides pour les travailleurs déplacés par l'IA45.

2Ce que disent les recherches

Femme travaillant sur un ordinateur portable affichant des graphiques
Photo : Apex Virtual Education / Unsplash

Quels métiers : les estimations d'exposition

  • Des estimations qui divergent. En 2013, deux chercheurs d'Oxford estimaient que 47 % des emplois américains présentaient un risque élevé d'informatisation29. En 2016, une étude de l'OCDE, raisonnant par tâches plutôt que par métiers, trouvait environ 9 % d'emplois automatisables dans 21 pays30.

  • L'IA générative. Selon une prépublication de 2023, environ 80 % des travailleurs américains ont au moins 10 % de leurs tâches touchées par les grands modèles de langage, et 19 % en ont au moins la moitié17. La version publiée dans Science en 2024 donne environ 1,8 % d'emplois dont plus de la moitié des tâches sont touchées par le modèle seul, et un peu plus de 46 % avec des logiciels complémentaires17.

  • Les usages réels. Anthropic, qui développe l'assistant Claude, analyse des conversations anonymisées. En novembre 2025, les demandes d'aide (« augmentation ») représentaient 52 % des conversations sur son site, et la délégation complète de tâches (« automatisation ») 45 % ; environ 75 % des usages par des entreprises via son interface de programmation relevaient de l'automatisation27.

  • Le temps long. Environ 60 % des emplois américains de 2018 relevaient de métiers qui n'existaient pas en 194028.

À quelle vitesse : productivité au poste de travail

  • Service client. Chez 5 179 agents d'un centre d'appels, un assistant d'IA a augmenté de 14 % en moyenne le nombre de demandes résolues par heure, et de 34 % chez les débutants et les moins qualifiés ; l'effet est minime chez les plus expérimentés18.

  • Rédaction. Chez 453 diplômés du supérieur, l'accès à ChatGPT a réduit de 40 % le temps passé sur des tâches d'écriture professionnelle et augmenté de 18 % la qualité évaluée19.

  • Conseil. Chez 758 consultants du Boston Consulting Group (2023), l'IA a augmenté la vitesse de 25,1 % et la qualité de plus de 40 % pour des tâches à sa portée. Pour une tâche hors de ses capacités, les consultants qui l'utilisaient ont donné 19 points de pourcentage de réponses correctes en moins20.

  • Programmation. Chez 16 développeurs expérimentés de logiciels libres (2025), l'usage de l'IA a allongé de 19 % le temps de réalisation, alors qu'ils estimaient après coup avoir gagné 20 %21. Une seconde expérience, en 2026, n'a pas produit d'estimation fiable, plusieurs développeurs refusant de travailler sans IA21.

À quelle vitesse : effets sur l'emploi et les salaires

  • Danemark (2023–2024). Chez environ 25 000 salariés de 11 métiers exposés, l'usage des chatbots n'a pas eu d'effet mesurable sur les salaires ni sur les heures travaillées ; le gain de temps moyen déclaré est de 2,8 %22. En septembre 2026, la banque centrale danoise observe que les entreprises qui adoptent l'IA embauchent ensuite moins que des entreprises comparables, surtout des jeunes et des diplômés, sans effet sur l'emploi total ni sur les salaires23.

  • Allemagne. Depuis novembre 2022, le chômage n'évolue pas différemment entre métiers très et peu exposés (HWWI, 2026)26.

  • Jeunes diplômés américains : des résultats qui divergent. La Réserve fédérale de Dallas (septembre 2026) trouve que, chez les diplômés texans, 10 points de tâches automatisables de plus vont de pair avec une probabilité de trouver un emploi au Texas dans l'année plus basse de 1,7 point24. L'Economic Policy Institute (mai 2026) observe que le chômage des jeunes diplômés et celui des jeunes non diplômés évoluent de la même façon, et juge que l'IA n'en est « probablement pas » la cause principale25.

À l'échelle de l'économie

  • Des projections éloignées. L'économiste Daron Acemoglu estime le gain de productivité globale des facteurs dû à l'IA à 0,66 % au plus sur dix ans31. Goldman Sachs (2023) estime que l'équivalent de 300 millions d'emplois à temps plein sont exposés à l'automatisation dans le monde ; 46 % des tâches des emplois administratifs seraient automatisables. Le rapport projette à terme une hausse du PIB mondial de 7 %32. Le Forum économique mondial (janvier 2025), à partir d'une enquête auprès de plus de 1 000 employeurs, prévoit d'ici 2030 170 millions d'emplois créés et 92 millions supprimés dans le monde ; les assistants administratifs figurent parmi les métiers en recul le plus rapide33.

Quelles requalifications : ce que mesurent les évaluations

  • Les besoins. Selon les employeurs interrogés par le Forum économique mondial, près de 40 % des compétences demandées changeront d'ici 2030 ; sur 100 travailleurs, 59 auront besoin d'une formation, dont 11 ont peu de chances de la recevoir33.

  • Les effets de la formation des chômeurs. Une méta-analyse de plus de 200 évaluations de politiques actives de l'emploi trouve des effets proches de zéro à court terme, qui deviennent positifs deux à trois ans après la fin du programme ; ils sont plus forts pour la formation que pour les autres dispositifs34.

  • Les essais randomisés. Une revue de 56 essais américains de programmes de reconversion (Anthropic, août 2026) trouve, par place offerte, un gain de 2 à 3 points de taux d'emploi et d'environ 1 000 dollars de revenu annuel, pour un coût d'environ 13 000 dollars. Les programmes construits avec des employeurs d'un secteur donnent des effets plusieurs fois supérieurs, mais leur réplication échoue souvent. Les auteurs jugent que les dispositifs existants seraient probablement insuffisants face à un déplacement massif35.

  • Les travailleurs exposés. Dans le programme fédéral de formation américain (2012–2023), les personnes venant de métiers très exposés à l'IA gagnent après formation environ 25 % de moins que celles venant de métiers peu exposés ; se former vers des métiers où l'IA est intensive rapporte environ 29 % de moins (Réserve fédérale de New York, étude préliminaire, 2025)36.

3Conséquences probables

Un formateur debout présente devant des personnes assises autour d'une table avec des ordinateurs portables
Photo : Campaign Creators / Unsplash
1–2 ans

ÉconomiqueL'Insee mesure pour 2026 plus de 25 % de sociétés françaises de 10 salariés ou plus utilisant au moins une technologie d'IA (18 % en 2025).

recoupement
1–2 ans

ÉconomiqueSur l'ensemble de 2026, l'IA reste le premier motif de suppressions annoncées aux États-Unis dans le décompte de Challenger, Gray & Christmas (120 136 contre 114 124 pour le deuxième motif fin septembre).

recoupement
1–2 ans

SocialUn accord-cadre sur l'IA dans la fonction publique est signé avant les élections professionnelles du 10 décembre 2026.

recoupement
1–2 ans

SocialLes obligations européennes sur l'IA utilisée pour recruter et gérer les travailleurs s'appliquent le 2 décembre 2027, sans nouveau report.

recoupement
5 ans

SocialEn 2030, plus de 70 % des salariés américains déclarent utiliser l'IA dans leur travail dans l'enquête Gallup (52 % en mai 2026).

recoupement
5 ans

SocialEn 2030, la part des employés administratifs dans l'emploi total de l'Union européenne est inférieure à celle de 2025 (Eurostat).

recoupement
5 ans

ÉcologiqueLa consommation électrique mondiale des centres de données dépasse 800 TWh en 2030 (415 TWh en 2024 ; 945 TWh dans la projection centrale de l'AIE).

recoupement (d'après) 37
10 ans et +

SocialLe taux de chômage en France dépasse en 2036 de plus de 3 points son niveau de 2025.

recoupement
10 ans et +

ÉconomiqueUne contribution spécifique sur l'automatisation ou l'IA, affectée au financement de la protection sociale, est en vigueur en France en 2036.

recoupement

Échelle : quasi certain 99–100 % · très probable 90–99 % · probable 66–90 % · aussi probable qu'improbable 33–66 % · improbable 10–33 % · très improbable 0–10 %. « Étude » : chiffre publié ; « recoupement » : estimation d'Horizon Ω à partir des sources citées. La méthode.

4Incertitudes

  • Corrélation ou causalité. Les baisses d'embauches des jeunes dans les métiers exposés coïncident avec la hausse des taux d'intérêt de 2022–2023 et la correction du secteur technologique ; les auteurs des deux études principales ne concluent pas à un effet causal6,7.

  • Exposition n'est pas suppression. Les indices d'exposition mesurent ce que l'IA pourrait faire, pas ce qu'elle fait ; l'usage observé est inférieur à l'exposition théorique1,27.

  • Motifs déclarés. Les suppressions « attribuées à l'IA » reposent sur les déclarations des employeurs10. Le cas Klarna montre que des réductions d'effectifs peuvent être suivies de nouvelles embauches11.

  • Productivité. Les gains mesurés vont d'un allongement de 19 % du temps de travail21 à 40 % de temps gagné19 selon la tâche, l'expérience des personnes et la période. Les projections macroéconomiques vont de 0,66 % de productivité globale des facteurs sur dix ans31 à 7 % de PIB mondial supplémentaire32, deux mesures différentes.

  • Rapidité des modèles. Les capacités des outils évoluent plus vite que les enquêtes qui en mesurent les effets ; les données les plus récentes de ce rapport s'arrêtent à juin 2026.

  • Sources liées à l'industrie. Plusieurs travaux cités sont publiés par des entreprises qui vendent de l'IA ou du conseil (Anthropic, Goldman Sachs, Boston Consulting Group)20,27,32,35.

  • Ce qui ferait basculer les scénarios : un ralentissement ou une accélération des capacités des modèles, une reprise ou une poursuite de la baisse des embauches de jeunes une fois les taux d'intérêt revenus à leur niveau antérieur, ou une évaluation rigoureuse des plans de formation lancés en 2025–2027.


Cinq lectures politiques

Partie interprétative. Chaque lecture est formulée comme ses défenseurs la présenteraient.

Droite

Lecture du constat
l'IA menace d'abord les emplois administratifs et les débuts de carrière des jeunes Français, tandis que les outils viennent des États-Unis et de Chine. La dépendance technologique est une question de souveraineté.
Priorités
préserver l'emploi national, protéger les classes moyennes, maîtriser la dépense publique, développer une IA française ou européenne.
Mesures
conditionner les aides publiques à des engagements d'emploi, faire contribuer l'automatisation qui remplace des salariés au financement de la protection sociale [42], préférence aux solutions françaises dans les achats publics, gains de productivité de l'administration réaffectés aux missions de terrain [44].

Centre capitaliste

Lecture du constat
l'IA est un levier de productivité dans un pays où l'adoption reste inférieure à la moyenne européenne [3]. L'histoire montre que la technologie transforme les métiers plus qu'elle ne supprime le travail [28].
Priorités
accélérer l'adoption dans les PME, attirer les investissements, former massivement, éviter une réglementation qui freinerait l'Europe.
Mesures
plans d'adoption et de formation des entreprises [41], allègement et report des obligations européennes [14], certification des compétences en IA, financement de la formation par les entreprises et le CPF.

Centre social

Lecture du constat
l'IA peut améliorer le travail, notamment celui des débutants [18], mais ses gains ne seront partagés que s'ils sont négociés. Selon le CESE (2025), le dialogue et la négociation sur l'IA restent très limités [38].
Priorités
négociation dans les entreprises et les branches, formation tout au long de la vie, transitions professionnelles accompagnées.
Mesures
accords sur l'introduction de l'IA, consultation des CSE [16], plans de formation financés par l'État et les entreprises [15], partage des gains de productivité, sécurisation des parcours des salariés reconvertis.

Écologiste

Lecture du constat
l'IA augmente la consommation d'électricité et de ressources [37] et sert d'abord à produire et vendre davantage. La question n'est pas seulement l'emploi, mais l'utilité sociale et écologique des tâches automatisées.
Priorités
sobriété numérique, maîtrise des centres de données, emplois dans la transition écologique et les métiers du lien.
Mesures
moratoire ou encadrement des nouveaux centres de données [43], évaluation environnementale des projets d'IA, réduction du temps de travail grâce aux gains de productivité, reconversion vers les métiers de la transition.

Gauche

Lecture du constat
les gains de l'IA vont aux actionnaires et aux entreprises qui la vendent, tandis que les salariés et les jeunes supportent les suppressions de postes et la baisse des embauches [6][10].
Priorités
protéger l'emploi et les droits des salariés, interdire les décisions de gestion prises par une machine seule, faire payer les entreprises qui automatisent.
Mesures
loi encadrant l'IA au travail [39], interdiction des décisions concernant un salarié ou un candidat fondées uniquement sur l'IA [52], droit des représentants du personnel à s'opposer à un déploiement, taxation des entreprises d'IA pour financer l'emploi [47], réduction du temps de travail sans perte de salaire, interdiction des licenciements dans les entreprises bénéficiaires.

Conclusion : ce qu'il faut retenir

Les points à retenir

  1. Les métiers administratifs sont les plus exposés à l'IA générative selon l'OIT ; dans les pays à revenu élevé, 41 % de l'emploi féminin est exposé, contre 28 % de l'emploi masculin1.

  2. L'adoption a triplé en France entre 2023 et 2025 : 18 % des sociétés de 10 salariés ou plus utilisent l'IA, contre 20 % dans l'Union européenne3 ; 47 % des salariés du privé l'utilisent4.

  3. Les embauches des jeunes dans les métiers exposés ont baissé : −28 % en CDI pour les 21–29 ans en France, contre −8 % dans les métiers les moins exposés6, et un écart de 19 % aux États-Unis chez les 22–25 ans7. Les auteurs ne concluent pas à un effet causal.

  4. Aucun effet sur l'ensemble de l'emploi et des salaires n'est détecté à ce jour au Danemark, en Allemagne et aux États-Unis8,22,26.

  5. Les programmes de reconversion évalués ont des effets positifs de 2 à 3 points d'emploi par place offerte ; ces effets sont plus faibles pour les travailleurs venant de métiers exposés34,35,36.

Les échéances proches

  • 10 décembre 2026 : élections professionnelles dans la fonction publique, avant lesquelles le gouvernement vise la signature d'un accord-cadre sur l'IA48.

  • Janvier 2027 : lancement de la plateforme gratuite de formation à l'IA et des premières mesures du plan « Impulsion IA »15.

  • 2 décembre 2027 : application des obligations européennes sur les systèmes d'IA utilisés pour recruter et gérer les travailleurs14.

Les leviers étudiés : effets, effets de bord, contreparties

Former et reconvertir les salariés

Où
France (plan « Impulsion IA », 2026), Singapour (crédit de 4 000 dollars de Singapour pour les 40 ans et plus depuis 2024), Royaume-Uni (objectif de 7,5 millions de travailleurs formés d'ici 2030)15,46,49.
Effet mesuré
aux États-Unis, +2 à 3 points de taux d'emploi et environ +1 000 dollars de revenu annuel par place offerte35 ; effets positifs deux à trois ans après la fin du programme34.
Effets de bord
les gains sont environ 25 % plus faibles pour les personnes venant de métiers très exposés36 ; les programmes les plus efficaces sont rarement reproduits avec succès35.
Contrepartie
un coût d'environ 13 000 dollars par place aux États-Unis, dont l'État récupère plus de la moitié35.

Équiper les salariés d'outils d'IA

Effet mesuré
+14 % de demandes résolues par heure dans un centre d'appels, +34 % pour les débutants18 ; −40 % de temps sur des tâches d'écriture19.
Effets de bord
−19 points de réponses correctes sur une tâche hors des capacités de l'outil20 ; temps de réalisation allongé de 19 % chez des développeurs expérimentés21.
Absence d'effet
pas d'effet mesurable sur les salaires ni les heures au Danemark22.
Contrepartie
moins d'embauches de jeunes dans les entreprises qui adoptent l'IA au Danemark23.

Consulter les représentants du personnel avant le déploiement

Où
France, décisions de justice de 202516 ; accord-cadre en négociation dans la fonction publique48.
Constat associé
le Conseil économique, social et environnemental notait en janvier 2025 que le dialogue et la négociation sur l'IA « restent encore très limités »38.
Contrepartie
à Créteil, les outils ont été suspendus jusqu'à la fin de la consultation16.
Évaluation
aucune évaluation des effets sur l'emploi ne figure dans les sources de ce rapport.

Taxer l'automatisation ou l'IA

Où
proposition de loi de députés RN et UDR (octobre 2025) instituant une cotisation sur les systèmes automatisés remplaçant des emplois42 ; proposition de députés démocrates américains (août 2026) d'une taxe sur les entreprises d'IA indexée sur le chômage47.
Effet recherché
financer la protection sociale ou des programmes d'emploi.
Contrepartie
le Parlement européen a écarté une taxe sur les robots en 2017 ; ses opposants avancent un frein à l'innovation et la difficulté de définir un robot40.
Évaluation
aucune de ces mesures n'est en vigueur ; aucune évaluation ne figure dans les sources de ce rapport.

Rendre publiques les suppressions de postes liées à l'IA

Où
proposition de loi bipartisane des sénateurs Mark Warner (démocrate) et Josh Hawley (républicain), novembre 202551.
Effet recherché
remplacer les déclarations volontaires, comme celles recensées par Challenger, par des données obligatoires10.
Évaluation
texte non adopté à la date de ce rapport.

Glossaire

Augmentation, automatisation
dans les études d'usage, l'IA « augmente » quand elle aide une personne qui garde la main, et « automatise » quand elle accomplit une tâche à sa place27.
CDI
contrat de travail à durée indéterminée.
Centre de données
bâtiment qui regroupe des serveurs informatiques, dont ceux qui font fonctionner les outils d'IA.
Chatbot (agent conversationnel)
programme avec lequel on échange par écrit ou oralement, comme ChatGPT.
Comité social et économique (CSE)
instance qui représente les salariés dans les entreprises françaises de 11 salariés ou plus ; il est consulté sur l'introduction de nouvelles technologies.
Compte personnel de formation (CPF)
droits à formation, exprimés en euros, que chaque actif accumule en France.
Corrélation, causalité
deux phénomènes sont corrélés quand ils varient ensemble ; il y a causalité quand l'un provoque l'autre.
Essai randomisé
évaluation dans laquelle les participants sont tirés au sort entre un groupe qui bénéficie d'un programme et un groupe témoin.
Exposition à l'IA
part des tâches d'un métier que l'IA pourrait techniquement réaliser ou accélérer. Elle ne mesure ni l'usage réel ni les pertes d'emploi1.
Grand modèle de langage
programme d'IA entraîné sur de grandes quantités de texte, capable de produire et de résumer du texte.
IA générative
IA qui produit du texte, des images, du son ou du code à partir d'une demande.
Méta-analyse
analyse statistique qui regroupe les résultats de nombreuses études sur une même question.
Politiques actives de l'emploi
dispositifs publics qui aident les chômeurs à retrouver un emploi (formation, accompagnement, emplois aidés).
Prépublication
version d'un article scientifique diffusée avant relecture par une revue.
Productivité globale des facteurs
part de la croissance de la production qui ne s'explique ni par plus de travail ni par plus de capital ; elle reflète notamment le progrès technique.
Recoupement
dans ce rapport, estimation de probabilité faite par Horizon Ω à partir de plusieurs sources.
Reconversion, requalification
acquisition de compétences pour exercer un autre métier (reconversion) ou le même métier autrement (requalification).
Règlement européen sur l'IA
texte de l'Union européenne (AI Act, 2024) qui classe les usages de l'IA selon leur risque et fixe des obligations à chaque niveau.
Système à haut risque
dans le règlement européen, usage de l'IA soumis à des obligations renforcées, dont le recrutement et la gestion des travailleurs14.
TWh (térawattheure)
un milliard de kilowattheures.

C.O.