Les métaux critiques : terres rares, lithium, dépendances et stratégies
Part de la Chine dans la production mondiale d'aimants frittés aux terres rares en 2024, contre environ 50 % en 2005.13
Introduction
De quoi parle-t-on ? Pour la Commission européenne, une matière première est « critique » quand elle réunit deux conditions : elle a une grande importance pour l'économie de l'Union, et son approvisionnement risque d'être perturbé1. La notion vient des États-Unis : en 2008, un rapport du National Research Council définissait un minerai critique comme « à la fois essentiel par ses usages et exposé à un risque de restriction de l'offre »2. L'Union a publié sa première liste en 2011, avec 14 matières. Celle de 2023 en compte 34, dont 17 sont dites « stratégiques », parce qu'elles sont indispensables aux technologies de la transition énergétique, du numérique ou de la défense1,3.
Parmi ces matières, deux familles occupent une place à part. La première est celle des terres rares, un groupe de 17 éléments chimiques : le scandium, l'yttrium et les 15 lanthanides. Malgré leur nom, elles ne sont pas particulièrement rares dans la croûte terrestre ; c'est leur extraction et leur séparation qui sont difficiles. Quatre d'entre elles, le néodyme, le praséodyme, le dysprosium et le terbium, servent à fabriquer des aimants permanents très puissants, que l'on trouve dans les moteurs électriques, les éoliennes, l'imagerie médicale et les systèmes d'armes4. Leur histoire commence en 1787, quand Carl Axel Arrhenius découvre un minéral noir dans la carrière d'Ytterby, en Suède ; quatre éléments portent d'ailleurs le nom de ce village5. Le second métal à part est le lithium : 88 % de sa consommation mondiale sert à fabriquer des batteries6.
Ce qui a changé. Trois évolutions récentes ont fait de ces métaux un sujet géopolitique. D'abord, depuis 2023, la Chine impose une licence, c'est-à-dire une autorisation préalable, pour exporter une série de métaux, du gallium en 2023 aux terres rares moyennes et lourdes en 20257,8. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), le nombre de catégories de minerais concernées par ces contrôles a triplé depuis 20239. Ensuite, la demande augmente : plus de 20 millions de voitures électriques ont été vendues dans le monde en 202510. Enfin, l'Union européenne, les États-Unis et la France ont adopté des plans pour diversifier leurs approvisionnements3,11,12.
Les questions traitées. Ce rapport suit trois fils. D'où viennent les terres rares et le lithium, et à quel point leur production est-elle concentrée dans quelques pays ? Quelles dépendances en découlent pour l'Europe et la France ? Et quelles stratégies les États mettent-ils en œuvre, avec quels effets connus ? Viennent ensuite les conséquences probables, les incertitudes et cinq lectures politiques.
1Ce qui est

La concentration de l'offre de terres rares. Pour commencer, regardons qui produit. La fabrication d'un aimant passe par trois étapes : extraire le minerai, le raffiner pour séparer les différentes terres rares, puis fabriquer l'aimant. Selon l'AIE, en avril 2026, la Chine assurait en 2024 environ 60 % de l'extraction des terres rares utilisées dans les aimants, 91 % de leur raffinage et 94 % de la production d'aimants frittés, le type d'aimant le plus courant13. Sa domination est donc d'autant plus forte que l'on avance dans la chaîne. Pour les aimants, elle s'est construite en vingt ans : la part chinoise n'était que d'environ 50 % en 200513. Dans un rapport plus récent, de juillet 2026, l'AIE estime la part de la Chine dans le raffinage des terres rares à 85 % en 2025. Elle projette 70 % en 2035, à condition que les projets annoncés ailleurs ouvrent à temps9.
Côté mines, le Service géologique des États-Unis (USGS) évalue la production mondiale à environ 390 000 tonnes d'équivalent oxydes en 2025, l'unité qui sert à additionner les différentes terres rares. La Chine en déclare 270 000, un chiffre qui correspond à son quota officiel. Viennent ensuite les États-Unis avec 51 000 tonnes, l'Australie avec 29 000 et le Myanmar avec 22 0008. La Chine détient aussi environ la moitié des réserves connues, avec 44 millions de tonnes sur plus de 85 millions8.
Le lithium. Le paysage du lithium est un peu différent, car l'extraction est mieux répartie entre plusieurs pays. La production minière mondiale, mesurée en tonnes de lithium contenu, est passée de 222 000 tonnes en 2024 à 290 000 en 2025, sans compter les États-Unis, qui ne publient pas leur chiffre6. L'Australie arrive en tête avec 92 000 tonnes, devant la Chine (62 000), le Chili (56 000), le Zimbabwe (28 000) et l'Argentine (23 000)6. C'est à l'étape suivante, le raffinage, que la concentration devient forte : la Chine raffine environ 70 % du lithium mondial, selon une estimation de l'AIE de 2024 citée par un rapport de l'Assemblée nationale de mars 202614. Le Chili, lui, perd du terrain : sa part de l'offre mondiale est passée de 29 % en 2020 à 18 % en 202515.
Des prix qui varient d'une année à l'autre. Ces marchés se caractérisent aussi par des prix très instables, ce qui complique les décisions d'investissement. Le prix moyen sur l'année du carbonate de lithium utilisé dans les batteries est passé de 11 700 dollars la tonne en 2021 à 63 700 dollars en 2022, soit plus de cinq fois plus. Il est ensuite retombé à 9 000 dollars en 2025, selon une estimation de l'USGS6. Depuis, il remonte : selon l'AIE, il a presque doublé entre janvier 2025 et avril 20269. Les terres rares connaissent des mouvements comparables. L'oxyde de néodyme-praséodyme, la matière de base des aimants, est passé de 124 dollars le kilogramme en 2022 à 55 dollars en 2024, puis à 69 dollars en 20258. Plus tôt, entre janvier 2009 et août 2011, l'oxyde de dysprosium avait été multiplié par plus de vingt-cinq, passant de 91 à 2 377 dollars le kilogramme16.
Les contrôles chinois à l'exportation. Depuis 2023, la Chine a resserré, étape par étape, les conditions d'exportation de ces métaux.
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Premières licences. Une licence est obligatoire pour exporter le gallium et le germanium depuis le 1er août 20237, le graphite depuis le 1er décembre 202317 et l'antimoine depuis le 15 septembre 202418.
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3 décembre 2024. La Chine interdit d'exporter vers les États-Unis le gallium, le germanium et l'antimoine, en réponse aux restrictions américaines sur les semi-conducteurs19.
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4 avril 2025. Une licence devient obligatoire pour sept terres rares moyennes et lourdes (samarium, gadolinium, terbium, dysprosium, lutécium, scandium et yttrium) et pour les aimants qui en contiennent8. L'effet est immédiat : en mai 2025, les exportations chinoises d'aimants sont inférieures d'environ 70 % à celles de mai 202420. Faute d'aimants, Ford a arrêté pendant une semaine la production de l'Explorer à Chicago, Suzuki a suspendu celle de la Swift au Japon, et l'association européenne des équipementiers automobiles (CLEPA) a signalé des lignes de production à l'arrêt en Europe21.
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9 octobre 2025. Les contrôles sont étendus à cinq autres terres rares, aux technologies de raffinage, et même aux produits fabriqués hors de Chine dès qu'ils contiennent au moins 0,1 % de leur valeur en terres rares d'origine chinoise22.
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Une trêve. Après la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à Busan, le 30 octobre 2025, la Chine a suspendu ces mesures d'octobre jusqu'au 10 novembre 2026, dans le cadre d'un arrangement commercial dit de Kuala Lumpur8,23. Le 28 septembre 2026, le ministère chinois du Commerce a annoncé que cet arrangement était prolongé jusqu'au 10 janvier 2027. Le texte publié ne mentionne toutefois pas explicitement les contrôles sur les terres rares24,23. Le centre de recherche américain CSIS parle d'une trêve prolongée « de quelques mois »25.
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Ce qui reste en vigueur. Les contrôles d'avril 2025, eux, ne sont pas suspendus par cette trêve et restent en vigueur. Selon les données douanières disponibles à la mi-mai 2026, les exportations d'yttrium, de dysprosium et de terbium restaient environ 50 % en dessous de leur niveau des douze mois qui avaient précédé ces contrôles26.
Les mesures ciblées. À ces règles générales s'ajoutent des mesures qui visent des pays ou des entreprises précis. Le 6 janvier 2026, la Chine a interdit l'exportation de biens à double usage, c'est-à-dire utilisables aussi à des fins militaires, dont les terres rares, vers les utilisateurs militaires japonais27. Le 22 juin 2026, elle a ajouté dix entreprises américaines à sa liste de contrôle, dont MP Materials et USA Rare Earth, deux producteurs américains de terres rares28. Pour mesurer la portée des contrôles d'octobre 2025, l'AIE estime que, s'ils étaient pleinement appliqués, 6 500 milliards de dollars de production annuelle hors de Chine seraient exposés9.
Les autres pays producteurs. La Chine n'est pas le seul pays à encadrer ses exportations pour mieux contrôler ses ressources. La République démocratique du Congo, qui produit environ 70 % du cobalt mondial, a suspendu ses exportations en février 2025, puis instauré des quotas à partir du 16 octobre 2025, fixés à 96 600 tonnes par an en 2026 et 202729. L'Indonésie interdit depuis 2020 d'exporter son minerai de nickel brut, pour obliger les industriels à le transformer sur place ; elle a assuré 66,6 % de la production minière mondiale de nickel en 202530. Au Chili, l'État renforce sa place : l'entreprise publique Codelco et la société SQM ont formé une coentreprise, NovaAndino Litio, approuvée fin 2025. Codelco la contrôle avec 50 % des parts plus une, pour exploiter le salar d'Atacama jusqu'en 206015.
L'Union européenne. Face à ces dépendances, l'Union s'est fixé des objectifs pour 2030, dans le règlement sur les matières premières critiques entré en vigueur le 23 mai 2024. Pour chaque matière stratégique, l'Union devrait extraire sur son sol l'équivalent de 10 % de sa consommation annuelle, en transformer 40 % et en couvrir 25 % par le recyclage. Elle ne devrait pas non plus dépendre à plus de 65 % d'un seul pays extérieur, à aucune étape. Ces objectifs ne sont toutefois pas contraignants3. Pour les atteindre, la Commission a sélectionné 47 projets dits stratégiques dans l'Union en mars 2025, dont 9 en France31,32. Elle en a retenu 13 hors de l'Union en juin 2025, puis 46 nouveaux le 9 octobre 202633. Le plan RESourceEU, présenté le 3 décembre 2025, prévoit en outre jusqu'à 3 milliards d'euros de financements européens en douze mois, un centre européen des matières premières critiques, des achats groupés et un projet pilote de stocks34. La Cour des comptes européenne reste sceptique : en février 2026, elle a jugé la diversification « peu susceptible de réussir à temps ». Elle relève notamment que, sur 26 matières utiles à la transition énergétique, 10 ne sont pas recyclées du tout et 7 ne le sont qu'à hauteur de 1 à 5 %35,36.
La dépendance européenne. Concrètement, la Chine fournit 97 % du magnésium importé par l'Union, 71 % du gallium, 45 % du germanium et 40 % du graphite37. Le lithium fait exception, puisque l'Union l'importe surtout du Chili37. Les licences chinoises montrent aussi le pouvoir de l'exportateur : entre août et début septembre 2025, la Chine n'a accordé que 19 licences d'exportation de terres rares sur les 141 demandes déposées par 22 entreprises européennes37.
La France. La France a construit sa propre politique en plusieurs étapes, en commençant par mieux connaître ses besoins et ses ressources.
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Une organisation. À la suite du rapport Varin, remis en janvier 2022, l'État a créé une délégation interministérielle chargée des approvisionnements en minerais et métaux stratégiques, ainsi qu'un observatoire, l'Ofremi38.
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Des financements. Le programme d'investissement France 2030 a soutenu 34 projets de métaux critiques et de recyclage, qui représentent plus de 2,5 milliards d'euros d'investissements pour 288,6 millions d'euros d'aides publiques. Un fonds doté de 500 millions d'euros d'argent public, géré par la société InfraVia, cherche à atteindre 2 milliards d'euros avec des investisseurs privés38. Ses deux premiers investissements ont été officialisés en 2026 : Core Lithium, en Australie, et Carester, en France39.
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Un inventaire. Depuis février 2025, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) recense les ressources minérales de cinq zones : l'ouest du Massif central, le Morvan, les Vosges, un ensemble Occitanie-Cévennes-Cerdagne et la Guyane. Il dispose d'un budget de 53 millions d'euros sur cinq ans40.
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Un plan dédié. Le 5 mai 2026, le gouvernement a présenté un plan « Terres rares et aimants permanents ». Il prévoit 180 millions d'euros d'aides publiques pour près de 600 millions d'euros d'investissements à Lacq, La Rochelle et Grenoble, avec l'objectif de produire en 2030 environ 10 % de la demande mondiale de terres rares lourdes12.
Les projets en France. Sur le terrain, plusieurs projets sont engagés, mais ils en sont à des stades très différents.
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Lithium. Le projet EMILI de l'industriel Imerys, à Échassières dans l'Allier, vise à produire 34 000 tonnes d'hydroxyde de lithium par an à l'horizon 2030, pour une exploitation de près de 50 ans38. Il a été déclaré projet d'intérêt national majeur en juillet 2024, ce qui accélère certaines procédures ; des associations ont déposé un recours au Conseil d'État41. En février 2026, Imerys a annoncé que l'État entrait au capital du projet comme actionnaire minoritaire, pour 50 millions d'euros versés par la Banque des Territoires, opérateur de France 2030, afin de financer l'étude de faisabilité définitive, attendue début 202742. En Alsace, le projet AGELI d'Eramet et d'Électricité de Strasbourg veut extraire jusqu'à 15 000 tonnes de carbonate de lithium par an de l'eau chaude des forages géothermiques. La décision d'investir est attendue fin 202738,43.
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Terres rares. Solvay a inauguré en avril 2025, à La Rochelle, une ligne de séparation de terres rares destinées aux aimants44. À Lacq, l'usine Caremag de Carester doit coûter 216 millions d'euros, dont jusqu'à 110 millions apportés par deux partenaires japonais, l'organisme public JOGMEC et la société Iwatani. Elle doit recycler 2 000 tonnes d'aimants usagés par an et produire 600 tonnes d'oxydes de dysprosium et de terbium, soit environ 15 % de la production mondiale actuelle de ces deux métaux45.
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Hors de France. Eramet exploite aussi en Argentine l'usine de lithium de Centenario, d'une capacité de 24 000 tonnes d'équivalent carbonate de lithium par an. Elle tournait à 90 % de cette capacité en juin 202646.
Les États-Unis. Les États-Unis ont choisi une autre voie : l'État y devient lui-même actionnaire et acheteur. En juillet 2025, le ministère de la Défense a pris une participation de 400 millions de dollars dans MP Materials, la principale entreprise américaine du secteur. Il lui a garanti pendant 10 ans un prix plancher de 110 dollars le kilogramme d'oxyde de néodyme-praséodyme, soit environ le double du prix de marché de 2024, et s'est engagé à acheter toute la production d'une future usine d'aimants47. L'État fédéral est aussi entré au capital de Lithium Americas, à hauteur de 5 %48, et de Trilogy Metals, à hauteur de 10 %49. Il a signé des accords sur les minerais avec l'Ukraine le 30 avril 2025, puis avec l'Australie le 20 octobre 2025, autour d'un ensemble de projets de 8,5 milliards de dollars50,51. En février 2026, il a annoncé un stock stratégique de 12 milliards de dollars, baptisé Project Vault11. Enfin, en janvier 2026, une enquête menée au titre de la section 232, une procédure qui permet de restreindre les importations pour des raisons de sécurité nationale, a conclu à une menace, mais sans instaurer de droits de douane52.
La coordination internationale. Les pays occidentaux cherchent aussi à agir ensemble. Au sommet d'Évian, le 17 juin 2026, les pays du G7 se sont fixé un objectif pour 2030 : que leur dépendance à un fournisseur unique, extérieur au G7 et à ses partenaires, ne dépasse pas 60 % pour les terres rares et les aimants permanents. Ils visent 50 % dès que possible53. En février 2026, une réunion ministérielle à Washington a réuni 55 délégations et créé un forum, le FORGE, qui remplace le partenariat pour la sécurité des minerais lancé en 202254.
↔La France comparée
Où se situe la France, côté ressources comme côté demande ? Deux indicateurs permettent de la comparer à ses voisins et aux grandes puissances.
Les ressources de lithium. Il faut d'abord distinguer deux notions. Une ressource est un gisement connu, dont l'exploitation n'est pas forcément rentable aujourd'hui ; une réserve est la partie de la ressource que l'on peut exploiter dans les conditions économiques et techniques actuelles. L'USGS recense environ 150 millions de tonnes de ressources de lithium dans le monde, mais seulement 37 millions de tonnes de réserves6. Côté ressources, la France en compte 1 million de tonnes, contre 8,9 en Allemagne et 1,3 en Tchéquie. Les plus grandes ressources se trouvent aux États-Unis (30 millions de tonnes), en Argentine (28) et en Bolivie (23)6. Avoir des ressources ne suffit donc pas à produire : il faut encore qu'elles deviennent des réserves.
Voir les données
| Pays | Valeur |
|---|---|
| États-Unis | 30 Mt |
| Argentine | 28 Mt |
| Bolivie | 23 Mt |
| Chili | 13 Mt |
| Australie | 10 Mt |
| Chine | 10 Mt |
| Allemagne | 8,9 Mt |
| Brésil | 1,4 Mt |
| Tchéquie | 1,3 Mt |
| France | 1 Mt |
| Espagne | 0,32 Mt |
| Portugal | 0,26 Mt |
Année : 2026 · Estimations du Mineral Commodity Summaries 2026 · Source6
La demande : les ventes de voitures électriques. Côté demande, ce sont les batteries qui comptent, puisqu'elles absorbent l'essentiel du lithium consommé dans le monde6. L'indicateur retenu ici est donc la part des voitures électriques dans les ventes de voitures neuves. On compte ici les voitures à batterie, les hybrides rechargeables et les voitures à pile à combustible. En 2025, cette part atteint 26 % en France, contre 30 % en Allemagne, 35 % au Royaume-Uni et 53 % en Chine. Elle est beaucoup plus faible aux États-Unis (10 %) et au Japon (3 %)55. Selon l'AIE, elle est d'un peu moins de 27 % dans l'Union européenne et d'environ 25 % dans le monde10. La France se situe donc près des moyennes européenne et mondiale.
Voir les données
| Pays | Valeur |
|---|---|
| Norvège | 97 % |
| Suède | 61 % |
| Chine | 53 % |
| Royaume-Uni | 35 % |
| Allemagne | 30 % |
| France | 26 % |
| Monde | 25 % |
| Espagne | 20 % |
| Pologne | 14 % |
| Italie | 13 % |
| Corée du Sud | 11 % |
| États-Unis | 10 % |
| Japon | 3 % |
Année : 2025 · Voitures à batterie, hybrides rechargeables et à pile à combustible · Source55
2Ce que disent les recherches

Ces dépendances tiennent-elles à la géologie, ou à d'autres causes ? Et quels moyens ont été étudiés pour les réduire ? Les travaux disponibles éclairent sept questions.
Une pénurie géologique ou un manque de mines ?
La première question est celle des quantités disponibles dans le sous-sol. En 2021, l'AIE écrivait ne voir « aucun signe de pénurie » dans les ressources. Selon elle, le problème tient plutôt à leur qualité, par exemple la teneur des gisements, qu'à leur quantité56. L'Energy Transitions Commission, un groupe de réflexion international, va dans le même sens en 2023. Elle estime que le monde aura besoin, au total, de 11 à 21 millions de tonnes de lithium entre 2022 et 2050. Elle compare ce besoin à des réserves d'environ 26 millions de tonnes et à des ressources d'environ 86 millions57. Ces estimations datent de 2023 ; l'édition 2026 de l'USGS, citée plus haut, recense 37 millions de tonnes de réserves et environ 150 millions de tonnes de ressources6. Une analyse du Service géologique de Finlande, publiée en 2022 mais sans relecture par d'autres chercheurs, conclut au contraire que les réserves connues ne suffiraient pas à équiper une seule génération de batteries58.
Un autre frein tient au temps nécessaire pour ouvrir une mine. Pour les 35 principaux projets entrés en production de 2010 à 2019, il a fallu en moyenne plus de 16 ans entre la découverte du gisement et la première production56. Le cabinet S&P Global, qui a étudié 268 mines, compte même environ 29 ans aux États-Unis et 27 au Canada59. Les deux chiffres ne portent ni sur les mêmes mines ni sur les mêmes pays, et ne sont pas calculés de la même façon. Une étude publiée dans la revue Nature Sustainability en 2025 estime qu'il faudrait ouvrir 62 nouveaux gisements de lithium d'ici 2050. Ce nombre tomberait à 35 si les batteries étaient plus petites, et à 21 si le recyclage permettait de récupérer 80 % du lithium60.
Côté investissement, les tendances vont dans des sens opposés. Selon l'AIE, l'investissement dans les minerais critiques a baissé de 9 % en 2025, après plusieurs années de hausse, et les producteurs de lithium ont réduit le leur d'environ 40 %. À l'inverse, les financements publics ont plus que quadruplé entre 2023 et 2025, pour atteindre 65 milliards de dollars9.
Les effets des restrictions à l'exportation
La Chine n'est pas un cas isolé. Selon l'inventaire tenu par l'OCDE, publié en 2025, les restrictions à l'exportation de matières premières industrielles ont été multipliées par plus de cinq dans le monde entre 2009 et 202361.
Leurs effets se lisent d'abord dans les prix, qui se séparent entre la Chine et le reste du monde. Après les contrôles chinois, le prix des achats immédiats en Europe a augmenté au maximum de 365 % pour le gallium, de 400 % pour le germanium et de 437 % pour l'antimoine, alors que les prix en Chine ont moins augmenté62. Pour les terres rares, l'AIE relève des prix européens jusqu'à six fois plus élevés que les prix chinois63. Les industriels européens paient donc plus cher la même matière que leurs concurrents chinois. Pour donner un ordre de grandeur des enjeux, l'USGS estime qu'une interdiction totale des exportations de gallium et de germanium coûterait 3,4 milliards de dollars de PIB aux États-Unis64.
À plus grande échelle, le Fonds monétaire international a calculé en 2023 ce qui se passerait si le commerce de minerais entre blocs géopolitiques était interrompu. L'investissement dans les énergies renouvelables et les véhicules électriques pourrait alors être inférieur de jusqu'à 30 % en 203065. Reste à situer le poids de ces métaux dans le prix final. Selon l'AIE, les minerais critiques représentent environ un quart du coût d'une cellule de batterie, mais seulement environ 3 % du prix moyen d'une voiture électrique. De même, les terres rares représentent environ 40 % du coût d'un aimant, mais moins de 1 % de la valeur d'un véhicule9. Un manque d'aimants peut donc arrêter une chaîne de montage, comme en 202521, alors que les terres rares représentent moins de 1 % de la valeur du véhicule9.
Ce qu'a montré l'épisode de 2010
Un précédent permet de mesurer les réactions possibles. En septembre 2010, après l'arrestation d'un capitaine de chalutier chinois près des îles Senkaku, que se disputent la Chine et le Japon, la Chine a interrompu pendant environ deux mois ses exportations de terres rares vers le Japon. Le Japon a réagi en finançant d'autres fournisseurs : en 2011, l'organisme public JOGMEC et la société Sojitz ont apporté 250 millions de dollars à l'entreprise australienne Lynas66. Selon des estimations du secteur, la part de la Chine dans les importations japonaises de terres rares est ainsi passée de 90 % ou plus en 2010 à 60–70 % aujourd'hui66. Les statistiques de 2024 confirment cet ordre de grandeur, avec 63 % des importations japonaises de métaux de terres rares venues de Chine27. Autrement dit, quinze ans d'efforts ont réduit la dépendance du Japon, sans la faire disparaître.
Le différend a aussi été porté devant l'Organisation mondiale du commerce. Saisie par les États-Unis, l'Union européenne et le Japon, elle a jugé en 2014 que les quotas et les taxes chinois à l'exportation étaient contraires à ses règles67.
L'épisode a aussi stimulé l'innovation. Selon une étude des économistes Alfaro, Fadinger, Schymik et Virananda (2025), les prix de certaines terres rares ont alors été multipliés jusqu'à 45. Hors de Chine, les secteurs qui en dépendaient le plus ont ensuite déposé davantage de brevets pour économiser ces métaux, sans réussir à s'en passer entièrement68. La hausse des prix avait d'ailleurs commencé avant l'embargo, sous l'effet de décisions chinoises : baisse des quotas de production, hausse des taxes à l'exportation et lutte contre la production illégale16.
Tous les chercheurs ne lisent pas cet épisode de la même façon. Le chercheur Eugene Gholz, dans un rapport présenté par le Council on Foreign Relations en 2014, estime que la dépendance aux terres rares chinoises comporte « moins de risques pour la sécurité nationale que beaucoup ne le craignaient ». Il parle même d'un embargo « présumé »69.
Substituer et économiser
Une autre réponse consiste à utiliser moins de ces métaux, ou à les remplacer par d'autres. Du côté des batteries, une technologie gagne du terrain : la chimie lithium-fer-phosphate (LFP), qui utilise du lithium mais ni nickel ni cobalt. Elle équipait près de 50 % des batteries de voitures électriques dans le monde en 2024, et plus de 55 % en 2025. En revanche, elle ne représente qu'un peu plus de 10 % des batteries dans l'Union européenne70. Les batteries sodium-ion, qui se passent aussi du lithium, restent marginales : leur capacité de fabrication représente un peu plus de 1 % de celle des batteries lithium-ion70. Le fabricant chinois CATL et le constructeur Changan ont toutefois présenté en février 2026 une voiture de série équipée de ces batteries71.
Les moteurs évoluent aussi. Renault utilise depuis 2012 un moteur sans aimant aux terres rares, dit à rotor bobiné, et une nouvelle génération développée avec Valeo est prévue fin 202772. Tesla a annoncé en 2023 un futur moteur à aimants sans terres rares, et indique avoir réduit de 25 % la quantité de terres rares dans le moteur de la Model 3 entre 2017 et 202273. Il n'existe cependant pas de solution universelle. Le Centre commun de recherche de la Commission européenne notait en 2016 qu'aucun aimant capable de remplacer directement les aimants aux terres rares n'était disponible dans le commerce, même si des éoliennes et des moteurs sans terres rares existaient déjà74. Enfin, une étude de l'université de L'Aquila, en Italie, estime en 2026 qu'utiliser des aimants en ferrite, moins puissants et moins coûteux, dans certains usages comme les voitures, les vélos ou les pompes, réduirait d'environ 40 % en dix ans la demande d'aimants aux terres rares75.
Recycler
Le recyclage de ces métaux reste limité. En 2011, le Programme des Nations unies pour l'environnement comptait 34 éléments dont moins de 1 % était recyclé en fin de vie, parmi lesquels le lithium et les terres rares76. Aujourd'hui, l'AIE estime à environ 10 % le taux moyen de recyclage des principaux minerais utilisés dans l'énergie, et projette près de 20 % en 20409. Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose : le premier porte sur des éléments pris un à un, le second sur une moyenne de plusieurs minerais.
Plusieurs études ont estimé ce que le recyclage pourrait apporter. Selon l'AIE, en 2024, développer le recyclage réduirait de 25 à 40 % les besoins de nouvelles mines vers 2050. Les métaux recyclés émettent en outre en moyenne 80 % de gaz à effet de serre de moins que ceux tirés des mines77. Pour les terres rares, le recyclage pourrait réduire jusqu'à 35 % les besoins en terres rares extraites des mines d'ici 205013. L'Union a commencé à l'imposer par la loi. Le règlement européen sur les batteries exige de récupérer 50 % du lithium des batteries usagées d'ici fin 2027, puis 80 % d'ici fin 2031. À partir d'août 2031, les batteries neuves devront aussi contenir au moins 6 % de lithium recyclé78.
Les effets de l'extraction
Ouvrir des mines a aussi des conséquences pour les territoires et leurs habitants. Une étude publiée dans Nature Sustainability en 2023 a recensé 5 097 projets d'extraction de minerais utiles à la transition énergétique : 54 % se situent sur des terres de peuples autochtones ou à proximité. C'est aussi le cas de 85 % des réserves et ressources de lithium recensées79.
L'eau est un autre enjeu, en particulier dans les salars, ces lacs salés asséchés des Andes d'où l'on tire le lithium en faisant évaporer une eau salée pompée dans le sous-sol. Dans le salar d'Atacama, au Chili, une étude de 2022 conclut que l'ensemble des usages consomme plus d'eau que la nature n'en apporte. Selon la même étude, l'extraction du lithium représente moins de 10 % de l'eau douce consommée dans le salar80. Une autre étude, également de 2022, relève dans ce même salar une baisse des populations de flamants en onze ans : d'environ 10 % pour le flamant de James et de 12 % pour le flamant des Andes. Cette baisse est corrélée à la surface des bassins d'exploitation du lithium, ce qui ne prouve pas à elle seule qu'elle en soit la cause81.
Viennent ensuite les émissions de gaz à effet de serre. L'Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) les estime entre 5 et 15 tonnes de CO2 par tonne d'hydroxyde de lithium produite. Le lithium extrait de la roche émet près de trois fois plus que celui tiré des eaux salées des salars82. Les terres rares laissent aussi des traces durables. Autour du bassin où sont stockés les résidus de Baotou, en Chine, les sols contiennent en moyenne environ 38 fois plus de terres rares que dans le reste de la région83. Au Myanmar, l'ONG Global Witness a compté en 2023 plus de 300 sites d'extraction dans une seule région de l'État kachin. Dans le même temps, les importations chinoises d'oxydes de terres rares lourdes en provenance du Myanmar ont plus que doublé, passant de 19 500 tonnes en 2021 à 41 700 tonnes en 202384.
Les grands fonds marins
Reste une piste encore très débattue : les nodules polymétalliques, des boules de la taille d'une pomme de terre, riches en métaux, posées au fond des océans. Une étude publiée dans Nature en 2025 a revisité en 2023 le site d'un essai de collecte réalisé en 1979 dans le Pacifique. La trace laissée par la machine, large de 8 mètres, restait visible. Les animaux qui vivent sur les nodules n'étaient pas revenus, alors que ceux qui vivent dans les sédiments se rapprochaient de leur état initial85. Une autre étude, de 2024, a décrit une production d'oxygène par les nodules eux-mêmes, baptisée « oxygène sombre »86. Financée en partie par The Metals Company, une entreprise qui veut exploiter ces nodules, elle a été critiquée par d'autres chercheurs et par cette entreprise elle-même87.
Le cadre juridique reste à fixer. L'Autorité internationale des fonds marins, chargée de réglementer l'exploitation des fonds marins hors des eaux nationales, n'a pas encore adopté de code d'exploitation. Au 29 juillet 2026, 45 pays soutenaient un moratoire ou une pause de précaution, selon Greenpeace88. Les États-Unis avancent de leur côté. Un décret présidentiel d'avril 2025 a demandé d'accélérer la délivrance de permis en s'appuyant sur une loi américaine de 198089. La société TMC USA a ainsi déposé une demande groupée de licence d'exploration et de permis d'exploitation commerciale, en consultation publique jusqu'au 19 octobre 202690.
3Conséquences probables

ÉconomiqueLes contrôles chinois d'avril 2025 sur sept terres rares moyennes et lourdes sont toujours en vigueur au 31 décembre 2027.
ÉconomiqueLes contrôles chinois d'octobre 2025 restent suspendus (dans le cadre de l'arrangement de Kuala Lumpur ou d'un accord qui lui succède), ou ne sont pas appliqués, au-delà du 10 janvier 2027.
SocialAu moins un constructeur automobile annonce d'ici fin 2027 l'arrêt temporaire d'une usine en Europe faute d'aimants aux terres rares.
ÉconomiqueImerys prend la décision d'investissement du projet EMILI avant le 31 décembre 2027.
ÉconomiqueEn 2030, l'extraction dans l'Union européenne couvre au moins 10 % de la consommation de lithium de l'Union.
ÉconomiqueEn 2030, la part de la Chine dans le raffinage mondial des terres rares est inférieure à 80 % dans les données de l'AIE (85 % en 2025).
ÉcologiqueUne première récolte commerciale de nodules polymétalliques dans les grands fonds a lieu avant le 31 décembre 2030.
ÉconomiqueEn 2036, au moins 5 000 tonnes d'équivalent carbonate de lithium par an sont produites à partir d'un gisement situé en France métropolitaine (roche ou saumure géothermale).
ÉconomiqueEn 2035, la Chine produit plus de 75 % des aimants frittés aux terres rares dans le monde (94 % en 2024).
Échelle : quasi certain 99–100 % · très probable 90–99 % · probable 66–90 % · aussi probable qu'improbable 33–66 % · improbable 10–33 % · très improbable 0–10 %. « Étude » : chiffre publié ; « recoupement » : estimation d'Horizon Ω à partir des sources citées. La méthode.
4Incertitudes
Plusieurs zones d'ombre invitent à la prudence avant d'en tirer des conclusions.
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Les décisions chinoises. La prolongation jusqu'au 10 janvier 2027, annoncée par le ministère chinois du Commerce, porte sur l'arrangement commercial de Kuala Lumpur, sans citer explicitement les contrôles sur les terres rares. À la date de ce rapport, les sources consultées ne mentionnent pas de nouveau texte réglementaire sur ces contrôles24,23. Par ailleurs, les licences sont accordées au cas par cas, et aucune donnée publique complète ne permet de savoir combien sont refusées37.
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Des chiffres qui divergent. L'AIE donne deux parts pour la Chine dans le raffinage des terres rares : 91 % en 2024 pour les terres rares utilisées dans les aimants, et 85 % en 2025 dans son rapport de juillet 2026. L'écart tient donc à l'année et au périmètre, pas à une contradiction13,9. De même, la production chinoise publiée par l'USGS correspond à un quota officiel, qui n'inclut pas la production non déclarée8. Enfin, le délai d'ouverture d'une mine va de 16 à 29 ans selon la méthode de calcul et le pays étudié56,59.
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Les prix. En moyenne annuelle, le prix du lithium a été multiplié par environ cinq entre 2021 et 2022, puis divisé par sept entre 2022 et 20256. De telles variations changent la rentabilité des projets hors de Chine, et donc les décisions d'investir9.
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Les technologies. La place que prendront à l'avenir les batteries LFP et sodium-ion, ainsi que les moteurs sans terres rares, modifiera la demande de nickel, de cobalt, de lithium et de terres rares70,74.
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Des études contestées. L'étude sur l'« oxygène sombre » est discutée87. L'étude sur l'eau du salar d'Atacama a été financée en partie par des industriels, BMW et BASF80.
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Les projets français. Plusieurs projets dépendent de décisions d'investissement attendues en 2027. Pour EMILI s'ajoutent un recours en justice et une décision sur la concession minière42,43,41.
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Ce qui ferait changer les scénarios. Plusieurs événements pourraient modifier les conséquences probables : un assouplissement ou un durcissement des contrôles chinois après janvier 2027, une nouvelle variation des prix du lithium, la mise en service à temps des usines de séparation et d'aimants hors de Chine, ou une décision de l'Autorité internationale des fonds marins sur l'exploitation.
Cinq lectures politiques
Partie interprétative. Chaque lecture est formulée comme ses défenseurs la présenteraient.
Gauche
- Lecture du constat
- la course aux métaux reproduit un modèle extractiviste dont les coûts retombent sur les populations des pays producteurs [79] et sur les territoires, tandis que les profits vont aux groupes miniers.
- Priorités
- réduire la consommation de métaux, maîtrise publique des ressources, droits des riverains et des travailleurs.
- Mesures
- un « budget métal » plafonné et une stratégie « bas métal » [91], maîtrise publique des projets miniers dans un pôle public de l'énergie [92], recyclage obligatoire, réorientation de l'industrie vers des véhicules plus petits et les transports collectifs [92].
Écologiste
- Lecture du constat
- la transition énergétique ne peut pas reposer sur une hausse illimitée de l'extraction ; les mines ont des effets sur l'eau, la biodiversité et les sols [80][83], et les grands fonds marins restent mal connus [85].
- Priorités
- sobriété, recyclage, protection des milieux, consultation des habitants.
- Mesures
- moratoire sur l'exploitation des grands fonds, soutenu par des ONG environnementales et 45 pays [88], conditions pour la mine de l'Allier (transport par le rail, référendum à l'échelle de l'Allier et du Puy-de-Dôme) [93], objectifs de recyclage contraignants par matière, réduction de la taille des batteries.
Centre social-démocrate
- Lecture du constat
- la dépendance à un seul pays fragilise l'industrie et l'emploi ; la relance minière est possible si elle est débattue et encadrée. Le rapport de l'Assemblée nationale de mars 2026 note qu'environ 85 % des gisements européens sont dans ou près de zones protégées [14].
- Priorités
- sécuriser les filières industrielles, débat public, partage de la valeur avec les territoires, coopération européenne.
- Mesures
- débat national sur la réouverture de mines, stocks stratégiques, financement de l'Ofremi après 2026 [14], projets stratégiques européens [33], achats groupés européens [34].
Centre libéral
- Lecture du constat
- la concentration de l'offre est un risque pour la compétitivité ; les prix chinois bas et variables découragent les investissements ailleurs [9][63]. L'Europe doit attirer les capitaux et raccourcir les délais.
- Priorités
- accélérer les permis, mobiliser l'investissement privé, nouer des partenariats avec les pays producteurs, innover.
- Mesures
- plan terres rares et aimants et crédit d'impôt industrie verte prolongé jusqu'en 2028 [12], fonds métaux critiques avec des investisseurs privés [38], code minier modernisé [38], projet d'intérêt national majeur pour EMILI [41], prix planchers étudiés au G7 [53].
Droite
- Lecture du constat
- la dépendance aux métaux chinois est une question de souveraineté ; la Chine a montré qu'elle utilisait ses exportations comme moyen de pression, contre le Japon en 2010 puis en 2026 [66][27]. Les règles européennes et la mondialisation ont conduit à fermer les mines françaises.
- Priorités
- produire en France, protéger l'industrie nationale, garder la maîtrise des ressources du sous-sol.
- Mesures
- stratégie nationale « de l'exploration minière au recyclage » et soutien public au secteur minier [94], étude de stocks stratégiques, recommandée par un rapport du Sénat de 2022 dont la rapporteure principale est Sophie Primas (LR) [95], relance de l'inventaire minier [40].
Conclusion : ce qu'il faut retenir
Les points à retenir
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La production d'aimants aux terres rares est concentrée en Chine : 94 % des aimants frittés et 91 % du raffinage des terres rares pour aimants en 2024, selon l'AIE13.
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La Chine soumet à licence l'exportation de plusieurs métaux depuis 2023 ; les contrôles d'avril 2025 sur sept terres rares restent en vigueur, ceux d'octobre 2025 sont suspendus dans le cadre d'un arrangement commercial prolongé jusqu'au 10 janvier 20278,24.
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Les ressources ne sont pas le principal facteur limitant selon l'AIE ; ce sont les délais d'ouverture des mines, plus de 16 ans en moyenne, et l'investissement, en baisse de 9 % en 202556,9.
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L'Union européenne a fixé des objectifs non contraignants pour 2030 (10 % d'extraction, 40 % de transformation, 25 % de recyclage) ; selon la Cour des comptes européenne, il reste « un long chemin » pour les atteindre et la diversification est « peu susceptible de réussir à temps »3,35,37.
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Le recyclage, les batteries LFP et sodium-ion et les moteurs sans terres rares réduisent les besoins ; le recyclage pourrait réduire de 25 à 40 % les besoins de nouvelles mines au milieu du siècle, selon l'AIE77,70.
Les échéances proches
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19 octobre 2026 : fin de la consultation publique américaine sur la demande groupée de licence d'exploration et de permis de récupération commerciale de nodules de TMC USA90.
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Fin 2026 : mise en service prévue de l'usine Caremag de Lacq45 ; nouvel appel à projets stratégiques de la Commission33.
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10 janvier 2027 : fin annoncée de la prolongation de l'arrangement commercial de Kuala Lumpur, dans le cadre duquel les contrôles chinois d'octobre 2025 ont été suspendus24,23.
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Début 2027 : étude de faisabilité définitive du projet EMILI42.
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24 mai 2027 : date limite de révision de la liste européenne des matières premières critiques96.
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Fin 2027 : obligation de récupérer 50 % du lithium des batteries usagées dans l'Union78 ; décision d'investissement attendue pour AGELI43.
Les leviers étudiés : effets, effets de bord, contreparties
Constituer des stocks stratégiques
- Où
- Japon (objectif de 60 jours de consommation), Corée du Sud (objectif de 100 jours en 2031), États-Unis (Project Vault, 12 milliards de dollars), Union européenne (projet pilote)97,11,34.
- Effet recherché
- absorber une interruption des livraisons.
- Contrepartie
- un stock de 60 jours pour l'Union aurait une valeur estimée à environ 29 milliards de dollars, selon une étude du Parlement européen97.
- Évaluation
- aucune évaluation de l'effet des stocks sur la durée des pénuries ne figure dans les sources de ce rapport.
Diversifier les fournisseurs avec des fonds publics
- Où
- Japon après 2010 (Lynas), États-Unis (MP Materials), France (fonds métaux critiques, plan terres rares)66,47,12.
- Effet mesuré
- la part de la Chine dans les importations japonaises de terres rares est passée de 90 % ou plus en 2010 à 60–70 % aujourd'hui, selon des estimations du secteur66 ; elle était de 63 % pour les métaux de terres rares en 202427.
- Effets de bord
- en juin 2026, la Chine a placé MP Materials sur sa liste de contrôle28 ; selon la Cour des comptes européenne, les importations de l'Union depuis ses 14 pays partenaires ont baissé pour environ la moitié des matières entre 2020 et 202498.
- Contrepartie
- un prix plancher de 110 dollars le kilogramme d'oxyde de néodyme-praséodyme pendant 10 ans, garanti par l'État américain, alors que le prix moyen était de 69 dollars en 202547,8.
Restreindre les exportations
- Où
- Chine (gallium, germanium, graphite, antimoine, terres rares), RDC (cobalt), Indonésie (nickel brut)8,29,30.
- Constat associé
- après l'interdiction indonésienne de 2020, les investissements, surtout chinois, se sont portés sur la transformation du nickel en Indonésie, qui assure 66,6 % de la production minière mondiale en 202530 ; les exportations chinoises d'aimants ont baissé d'environ 70 % sur un an en mai 202520.
- Effets de bord
- hausses de prix en Europe jusqu'à +437 % pour l'antimoine62 ; après 2010, hausse des brevets visant à économiser les terres rares hors de Chine68.
- Contrepartie
- en 2014, l'OMC a jugé contraires à ses règles les quotas et taxes chinois à l'exportation67.
Recycler
- Où
- Union européenne (règlement batteries), France (Caremag à Lacq)78,45.
- Effet estimé
- −25 à −40 % de besoins de nouvelles mines au milieu du siècle, 80 % d'émissions en moins par tonne en moyenne77.
- Constat associé
- sur 26 matières utiles à la transition énergétique, 10 ne sont pas recyclées dans l'Union35.
- Contrepartie
- le recyclage dépend du nombre de batteries et d'aimants arrivés en fin de vie ; la Chine conserverait plus de 70 % du prétraitement et de la récupération vers 203077.
Substituer d'autres matériaux
- Où
- batteries LFP et sodium-ion (Chine surtout), moteurs à rotor bobiné (Renault), aimants en ferrite70,72,75.
- Effet mesuré
- plus de 55 % des batteries de voitures électriques en LFP en 2025, sans nickel ni cobalt70 ; −25 % de terres rares dans le moteur de la Model 3 entre 2017 et 2022, selon Tesla73.
- Effets de bord
- la LFP déplace la dépendance vers d'autres étapes dominées par la Chine, qui fabrique plus de 80 % des cellules de batteries10.
- Contrepartie
- densité d'énergie inférieure, jusqu'à 175 Wh/kg pour le sodium-ion contre 205 pour la LFP et 265 pour la NMC70.
Rouvrir des mines en Europe
- Où
- France (inventaire du BRGM, EMILI, AGELI), projets stratégiques européens40,38,33.
- Effet recherché
- couvrir 10 % de la consommation européenne par l'extraction en 20303.
- Effets de bord
- opposition locale et recours en justice contre EMILI41 ; selon un rapport de l'Assemblée nationale, environ 85 % des gisements européens sont dans ou près de zones protégées14.
- Contrepartie
- délais de plus de 16 ans en moyenne entre découverte et production56.
- Évaluation
- aucun des projets français de lithium n'est en production à la date de ce rapport.
Glossaire
- Aimant permanent (NdFeB)
- aimant à base de néodyme, de fer et de bore, auquel on ajoute du dysprosium ou du terbium pour qu'il résiste à la chaleur ; il équipe la plupart des moteurs de voitures électriques.
- Aimant fritté
- aimant fabriqué en compressant puis en chauffant une poudre métallique.
- Batterie LFP
- batterie lithium-ion dont la cathode est en lithium-fer-phosphate, sans nickel ni cobalt.
- Batterie NMC
- batterie lithium-ion dont la cathode contient du nickel, du manganèse et du cobalt.
- Batterie sodium-ion
- batterie qui utilise le sodium à la place du lithium.
- Bien à double usage
- produit ou technologie utilisable à des fins civiles et militaires.
- Équivalent carbonate de lithium (LCE)
- unité qui exprime une quantité de lithium sous la forme du carbonate de lithium.
- Équivalent oxydes de terres rares
- unité qui exprime une quantité de terres rares sous la forme de leurs oxydes.
- Extraction, raffinage (ou transformation)
- l'extraction sort le minerai du sol ; le raffinage le transforme en produits chimiques ou métaux purs.
- Grands fonds marins
- fonds océaniques situés au-delà de 200 mètres de profondeur ; les nodules convoités se trouvent vers 4 000 à 6 000 mètres.
- Licence d'exportation
- autorisation administrative préalable à une exportation.
- Matière première critique
- dans l'Union européenne, matière dont l'importance économique et le risque d'approvisionnement dépassent des seuils fixés1.
- Matière première stratégique
- dans le règlement européen, matière critique indispensable aux transitions énergétique et numérique, à la défense ou à l'espace, soumise aux objectifs de 20303.
- Moratoire
- suspension décidée d'une activité, pour une durée fixée ou non.
- Moteur à rotor bobiné
- moteur électrique dont le champ magnétique est produit par des bobines de cuivre, sans aimants permanents.
- Nodules polymétalliques
- concrétions de la taille d'une pomme de terre posées sur les fonds marins, riches en manganèse, nickel, cobalt et cuivre.
- Prix plancher
- prix minimal garanti à un producteur, la différence avec le prix de marché étant payée par l'acheteur ou l'État.
- Projet d'intérêt national majeur
- statut créé en France en 2023 qui permet d'accélérer certaines procédures pour un projet industriel.
- Projet stratégique
- dans le règlement européen, projet qui bénéficie de procédures d'autorisation plus courtes et d'un accès facilité aux financements3.
- Recoupement
- dans ce rapport, estimation de probabilité faite par Horizon Ω à partir de plusieurs sources.
- Réserve, ressource
- une ressource est une quantité de minerai identifiée ; une réserve est la partie exploitable dans les conditions techniques et économiques actuelles6.
- Salar
- désert de sel sous lequel se trouvent des saumures riches en lithium (Chili, Argentine, Bolivie).
- Saumure
- eau très salée ; le lithium en est extrait par évaporation ou par extraction directe.
- Terres rares
- groupe de 17 éléments (scandium, yttrium et les 15 lanthanides) ; on distingue les terres rares légères (néodyme, praséodyme) et lourdes (dysprosium, terbium)4.
L'avis de l'auteur
C.O.